La vie d’Osamu Tezuka, de 1928 à 1945


Cet article est un résumé du premier tome de la biographie d’Osamu Tezuka en manga, publiée chez Casterman, que je vous recommande chaudement.

Osamu Tezuka naît le 3 novembre 1928 à Toyonaka, près d’Osaka. Il passe son enfance et son adolescence à Takarazuka, où sa famille a déménagé quand il était tout petit. Il commence à dessiner très tôt, noircissant les cahiers à un rythme qui oblige sa mère à gommer ses dessins pour lui fournir de nouvelles pages blanches.

L’entrée à l’école est difficile pour le petit Osamu, qui pleure souvent. Mais, un jour de la première année de primaire, il fait sensation en racontant une histoire devant toute la classe. Ce don lui vient certainement de sa mère, qui lui raconte des histoires tous les soirs. Il regroupera plus tard ces histoires dans un livre pour enfants intitulé « Il était une fois… me contait ma maman ».

Petit, Osamu avait des complexes : il est nul en sport et a des cheveux rebelles, qui lui auraient d’ailleurs inspiré la coupe d’un certain… Astro. A la maison, Osamu grandit dans un environnement très stimulant pour l’époque : son père, Yutaka, a une importante collection de mangas et, fait rare pour l’époque, un vidéo-projecteur (de marque française, le Pathé Baby). Celui-ci permet à Osamu de visionner très tôt les quelques dessins animés japonais de l’époque et surtout ceux de Walt-Disney.

A ce moment-là, deux types de mangas cohabitent : les mangas bon marché (10 ou 15 centimes de yen)  vendus chez les marchands de bonbons, qu’on appelait « les livres rouges » en raison de la couleur de leur couverture, et les albums de meilleure qualité vendus dans des coffrets pour 1 yen.

Osamu Tezuka commence à dessiner des mangas vers l’âge de 7 ans, alors qu’il dévore les aventures de Norakuro chaque matin avant de partir à l’école. Il profite de la récréation pour dessiner les personnages que ses camarades lui demandent. Malheureusement, à l’approche de la guerre, le climat au Japon devient plus totalitaire et les mangas pour la jeunesse deviennent un vecteur de propagande. Tezuka a la chance d’avoir un professeur qui l’encourage à dessiner malgré le contexte. Ses talents en dessin épatent également ses camarades. Il s’épanouit dans ses rédactions, qui lui permettent de laisser libre cours à son imagination débordante. Il a la chance d’être dans une école expérimentale, avec un professeur formidable : 50 ans après, cette classe se réunit encore de temps en temps autour de M. Inai.

Au fil des années, une bande d’amis aux intérêts communs se forme : ainsi, Osamu se rend régulièrement avec eux au planétarium d’Osaka, le premier d’Asie, où il se découvre une passion pour l’espace, que l’on retrouvera plus tard dans nombre de ses œuvres. Ce groupe d’amis adore également les chasses aux trésors et Osamu leur insuffle sa nouvelle mais durable passion pour les insectes. Cette passion devient si dévorante qu’en cinquième, Osamu se fait appeler Osamushi, du nom d’un insecte (carabidé, en français). Avec ses amis, il crée régulièrement de petits livres sur le sujet, qu’ils distribuent gratuitement.

Ces petits livres lui servent d’ailleurs d’argument lors de ses oraux d’admission dans le très réputé collège de Kitano. Il y entre deux ans après le début de la Seconde Guerre Mondiale, et dans ce contexte l’entraînement militaire est devenu obligatoire. La bienveillance de l’école primaire a disparu : il est puni lorsqu’on le surprend à dessiner. Sa passion pour les insectes perdure au collège et il transmet son goût pour les papillons à plusieurs de ses camarades, avec lesquels il publie même une revue sur le sujet jusqu’en 1944, appelée « Le monde des animaux ». Il va même jusqu’à créer sa propre encyclopédie sur les insectes, dans laquelle il reproduit le plus fidèlement possible 400 coléoptères. Bien que mauvais en sport, son talent pour les marathons sera selon lui le succès de l’endurance physique qui lui permettra plus tard d’enchaîner les nuits à dessiner d’arrache-pied.

La seconde guerre mondiale s’étend au Japon le 8 décembre 1941 avec l’attaque de Pearl Harbour. Osamu n’a alors que 13 ans. Peu à peu, la population devient plus oppressée : rationnement de nourriture, pénurie de vêtements et d’énergie. Le père d’Osamu Tezuka est envoyé au front à cette période, laissant à sa femme la charge de la famille. Au collège, Tezuka est très friand de romans de science-fiction, notamment ceux de Juza Unno (malheureusement introuvable en français ou en anglais) et de films de séries B américains. Ces univers l’amènent à dessiner ses premiers mangas de science-fiction alors qu’il est encore au collège. Cela est mal vu par le collège excepté par son professeur de dessin, M. Okazaki, qui le défend et le soutient. Mr Moustache naît à cette époque, inspiré par la caricature de son grand-père qu’un ami lui a dessiné. C’est en troisième et quatrième année du collège qu’il dessine la première version de Lost World.

L’été, des centres spéciaux sont dédiés à renforcer les élèves petits et chétifs comme Tezuka. Celui-ci en tire une mauvaise expérience : atteint d’une trichophytie, sorte de mycose aggravée aux deux mains, il ne passe pas loin de l’amputation ! Ça aurait été dommage de s’arrêter à Lost World, non ? Cette mauvaise expérience le poussera plus tard à s’orienter vers la médecine.

En quatrième année de collège, il est mobilisé dans une usine d’armement mais trouve quand même le temps de s’éclipser pour dessiner des mangas en cachette. Comme il ne peut plus les montrer ouvertement, il trouve un ingénieux moyen pour en faire profiter ses camarades : les afficher dans les toilettes !

Extrait de Momotaro

En 1945, Osaka subit une importante série de bombardements. Ces traumatismes feront l’objet de plusieurs témoignages dans ses mangas par la suite. Un jour, il sèche l’usine pour aller voir le premier long métrage d’animation japonais qui venait de sortir : Momotaro, le divin soldat de la mer (Momotaro uni no shinpei), de Mitsuyo Seo. Tezuka est profondément ému par ce film qui est techniquement à la pointe de l’animation japonaise, et cela renforce son désir de créer ses propres animés. Il obtient son diplôme après 4 ans de collège au lieu de 5 à cause du contexte de guerre.

Le 1er juillet 1945, Osamu Tezuka entre à la faculté de médecine d’Osaka, alors que plusieurs villes japonaises se font encore bombarder. A ce moment-là, il a déjà dessiné 3000 pages de mangas et craint de tout perdre. Mais le 15 août 1945, c’est l’euphorie : la guerre est terminée ! Pourtant, on voit encore des gens mourir de faim dans les rues et Tezuka aura une altercation avec les GIs fraîchement débarqués, dont il ne peut comprendre un mot, l’anglais ayant été banni de l’enseignement. C’est à cette période qu’il tente de soumettre des planches dessinées pendant la guerre à des journaux, d’abord en vain. Puis, recommandé par une voisine, il parvient à décrocher un contrat avec le journal Mainichi Shokokumin (aujourd’hui Mainichi Shogakusei), qui commande à Tezuka des sketchs en quatre cases. Bien qu’habitué à dessiner de longues histoires, il se plie à l’exercice et le journal publie quatre cases du Journal de Mâchan par jour à partir de janvier 1946, alors que Tezuka n’a que 17 ans !

Dans ce Japon d’après-guerre, les gens recommencent à être avides de lecture et des journaux consacrés aux mangas commencent à se créer, comme le mensuel Mangaman. Un club fondé autour de ce mensuel, appelé le Kansai Mangaman Club, regroupera 150 membres dont certains deviendront des mangakas renommés par la suite, y compris Osamu Tezuka. Shichima Sakai, le fondateur du KMC, propose en 1946 à Osamu de travailler sur un manga de 200 pages, contrastant avec les 4 petites cases qutodiennes du journal de Mâchan. Il accepte avec enthousiasme, mais c’est plus difficile que prévu : le commanditaire est difficile et lui fait retravailler et condenser ses planches. C’est à cette époque qu’il commence à travailler la nuit. Malgré tout, la collaboration est fructueuse puisque c’est La nouvelle île au trésor qui en résulte en avril 1947, se vendant rapidement à 400.000 exemplaires. Il s’agit du premier album consistant de l’après-guerre, et il déclenche un véritable engouement pour ce qu’on nommera le story manga. Tezuka ne devient pas riche pour autant : à l’époque, le prix payé à l’auteur est fixe, quel que soit le nombre de ventes !

Durant l’été 1947, Tezuka apprend qu’un autre auteur du KMC, Shotaru Nanbu, est parti pour Tokyo, et décide de faire de même. C’est une décision risquée à l’époque car le Japon se remet encore de la guerre et il n’est pas garanti de trouver du travail. Qu’y découvrira-t-il ?

A suivre…

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