Le kakihan, ou manga-calque

Vous êtes-vous déjà demandé quel chemin suivaient les planches des mangakas pour arriver jusqu’entre nos mains ?

Dans le Japon d’après-guerre, à l’époque de The Lost World, deux modes de reproduction des mangas coexistaient : le kakihan et la classique photogravure. Le kakihan, bien que meilleur marché, avait l’inconvénient de demander une étape de reproduction des planches sur une sorte de papier sulfuré, qui était ensuite utilisé pour graver les traits en miroir sur des plaques de zinc. Cette étape était bien sûr effectuée par un tiers employé à temps plein pour cela, le mangaka ayant d’autres planches à dessiner dans des délais serrés. Ceci avait pour inconvénient de donner un résultat pouvant potentiellement décevoir l’auteur original.

Oui, vous avez bien lu : les mangas imprimés selon ce procédé ne comportent plus les dessins originaux de l’auteur mais bien des copies effectuées par des tiers, un peu comme des dessins décalqués.

Tezuka en fera les frais et ne portera jamais le procédé en son cœur. Il se plaindra à de nombreuses occasions des dégâts occasionnés par le kakihan sur ses planches, allant d’une perte de nuances dans les lignes jusqu’à la disparation d’un pied ou l’ajout d’un troisième œil ! Ce serait même la raison principale l’ayant décidé à redessiner entièrement ses premiers titres, comme La nouvelle île au trésor, les planches originales ayant été perdues.

A gauche : planche originale, à droite : version publiée via kakihan. Jeu des sept différences !

Comme on peut le voir dans l’exemple ci-dessus, les différences restent souvent minimes, mais il est toujours dérangeant de ne pas avoir affaire à l’original ! Et lorsque le graveur change, les différences peuvent devenir plus flagrantes.

On trouve d’ailleurs, dans la biographie en manga de Tezuka, une anecdote savoureuse à ce sujet : le jeune et très observateur Leiji Matsumoto, qui deviendra plus tard célèbre pour Galaxy Expres 999, Albator ou encore sa collaboration avec nos Daft Punk, se serait demandé s’il existait deux Osamu Tezuka distincts en remarquant des différences chez un même personnage recopié par différents graveurs !

Heureusement ce procédé a rapidement été abandonné par la suite.

Sources :

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